Le web journalisme à l'honneur

 

Dès les premières images, le ton est donné. Le pays n’est plus en guerre mais le scandale demeure. Celui de l’impunité. Nous sommes à Goma, une ville du nord-est de la République démocratique du Congo qui se relève à peine de 15 années de conflit. Aux 5 millions de morts s’ajoutent 200 000 femmes congolaises, violées depuis 1996 selon l’ONU. Aujourd’hui, les violences sexuelles continuent. Certains civils sont désormais complices des ex-militaires pour perpétuer l’horreur. Soudain, la photographie d’une fillette crève l’écran : 3 ans, de dos, vêtue d’une petite robe blanche, sur le seuil d’une entrée. La voix de sa mère raconte comment elle a été violée par un voisin.

 

C’est par cette dureté que Zoé Lamazou et Sarah Leduc, jeunes journalistes en quête de grands reportages, nous font entrer dans leur web documentaire "Congo, la paix voléeprimé au Prix Bayeux-Calvados 2011 des correspondants de guerre, dans cette nouvelle catégorie consacrée aux reportages interactifs. « C’est une nouvelle forme d’écriture journalistique, différente du jeu vidéo. Une autre manière de raconter une histoire. Nous laissons les choix de lecture à l’internaute même si le récit est linéaire. Ce format interactif permet aux jeunes générations de se réapproprier l’information de manière intelligente, notamment sur des sujets graves » expliquent, de concert, Zoé et Sarah.

 

Se cherchant encore une définition et un cadre juridique, le web documentaire emprunte aux nouvelles technologies les opportunités de témoigner de l’actualité, en particulier celle de pays en crise où les tournages trop voyants sont interdits ou dangereux. Avec un appareil photo-vidéo et un smartphone, il est possible de se glisser dans les lieux sensibles, d’aller à la rencontre des gens, de cultiver l’immersion. Et de trouver de nouvelles formes de diffusion sur un média de propagation, où l’espace d’expression est moins limité qu’à la télévision. « Le web journalisme n’est pas du sous-journalisme, confie Zoé Lamazou. C’est la philosophie du touche-à-tout. La créativité est plus forte. Mais il faut éviter les pièges des effets gadgets du web qui risquent de dénaturer le propos ou décourager les internautes. »

 

Pour "Congo, la paix volée", les journalistes se sont emparées d’un sujet douloureux : le combat de femmes qui luttent contre les agressions sexuelles dans un pays désemparé. Sous l’angle judiciaire, sans pathos, elles suivent trois avocates des tribunaux à la prison. Le sujet est proposé une première fois à France 24. La chaîne hésite. Dans la profession, le plus difficile est de trouver des budgets pour financer les bonnes idées et les causes à défendre. Alors, Zoé et Sarah s’envolent pour deux semaines de tournage à leurs frais. Assistées sur place par Lucas Menget, le rédac chef de France 24, elles pointent leur caméra et leur micro sur les zones d’ombre.

 

A la clef : une enquête documentée et émouvante, ponctuée de témoignages bouleversants où l’optimisme se révèle derrière la détermination. Lorsque France 24 lance une application sur iPad, une occasion de diffusion se présente. La révolution numérique s’empare du projet. Nouveaux modes d’information, nouveaux publics. La preuve que l’écrit a désormais trouvé sa place dans la création multimédia. Ce que la Fondation Varenne ne manquera pas de suivre et de soutenir.

 

Olivier Valentin

 

Photographie : Virginie Meigné

 

A voir :

Le web documentaire "Congo, la paix volée"

Leurs réactions à l'issue de la cérémonie de remise des Prix