
Privés de libertés publiques ? C’était toute la question du dernier débat de Tendances Institut organisé avec le concours notamment du groupe La Montagne Centre-France. Mais privés de parole, les invités ne l’étaient pas. Pour témoigner, à la mesure de leur fonction, sur ce sujet ambitieux.
Au sommet de la Tour Montparnasse, Tendance Institut avait convié cinq personnalités, funambules des mots : Bruno Gaccio, humoriste et producteur de télévision pour qui le vote blanc devrait être comptabilisé comme une voix à part entière, même contestataire ; Malek Chebel*, anthropologue des religions qui prône un islam libéral, celui des Lumières, moins radical et inspiré par la modernité politique ; Pierre Monzani, préfet de l’Allier, à la fois au centre de la table et des débats pour défendre sa vision des principes républicains ; Xavier de Larminat, doctorant au Cesdip (Centre de Recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales), témoin d’une nouvelle sociologie des prisons ; et Laurent Mauduit, journaliste et écrivain, co-fondateur de Médiapart qui déplore en France l’absence de presse indépendante et de contre-pouvoir.
A l’issue des quatre minutes introductives par intervenant, rigoureusement imposées par un minuteur ovoïde, le décor est planté par Malek Chebel qui soutient l’existence d’un islam compatible avec la démocratie, la liberté de la presse et la liberté des femmes. Bruno Gaccio rebondit sur l’actualité du printemps arabe pour souligner que « dans ces pays, virer un dictateur, c’est possible. Il suffit de le faire. Pas dans une démocratie comme la nôtre où le vote blanc, à caractère contestataire, n’est même plus pris en compte depuis Napoléon III ». Le débat glisse doucement sur le terrain politique, au sens philosophique du terme. Le préfet Monzani, issu d’une immigration italienne comme Bruno Gaccio, défend l’idée que la République n’est pas une jungle et qu’un Etat organisé doit garantir les libertés publiques par la sécurité. Un témoignage qui fait monter le journaliste de Médiapart sur ses gonds. Selon lui, « il n’y a pas de presse indépendante en France ». Une question se pose : voulons-nous une société policée ou policière ? Le pouvoir des mots, c’est aussi une joute étymologique, pour atteindre les idées à la racine. Et les solutions aussi. Malek Chebel interpelle le préfet : existe-t-il une sociologie des prisons ? La stigmatisation de la population immigrée, surreprésentée dans les milieux carcéraux, ne crée-t-elle pas un « écran de fumée » qui empêche les débats de fond ? Comme celui de la laïcité, par exemple ? L’expression est lâchée. L’assemblée s’agite. On conteste, on revendique, on proteste, comme chanterait Dutronc. Puis, retour à la sécurité. Trop de vidéosurveillance urbaine ne sera-t-il pas une entrave aux libertés publiques, demande la plume des Guignols ? « A quoi servent les caméras sinon à identifier des poseurs de bombe ? Peu intimidés, les délinquants s’adaptent : ils mettent des perruques ! ». Des mains se lèvent, d’autres questions.
Mais le temps du débat est révolu. Voici venu celui de l’échange, convivial, autour d’un verre, avec vue imprenable sur Paris by night. Une cité des lumières qui, ce soir, a bien porté son nom.
Olivier Valentin
(*) Malek Chebel a co-présidé cette année la remise des Prix Varenne 2010 de journalisme et de thèses. Il est l'auteur de "Les grandes figures de l'Islam" paru en mars 2011 chez Perrin.
En savoir plus : Pour participer aux prochains débats ou visionner les débats précédents, consultez le blog Générations d'idées.

Source : La Montagne (31/03/2011)


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