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Haïti, 1 an après: pour que des voix ne s'éteignent plus

Un an jour pour jour après le séisme qui a frappé Haïti et désorganisé les moyens de communication, la Fondation Varenne fait le bilan des actions de soutien en faveur des journalistes de radio haïtiens qui ont été menées avec le concours de Sophie Bécherel, journaliste scientifique à France Inter, et des journalistes de Radio France.


Au lendemain du séisme, Sophie Bécherel se souvient de son inquiétude et ses difficultés à joindre ses amis. Car son histoire personnelle avec le pays est forte. Journaliste indépendante au début des années 90, pendant le coup d’Etat de Raoul Cédras et l’exil du Président Aristide aux Etats-Unis, elle a travaillé sur place pendant trois ans comme pigiste. Ses connaissances du  territoire et du créole en font une alliée précieuse pour identifier les réseaux, les bons interlocuteurs et les premières nécessités. Elle est donc incorporée dans l’équipe technique, dépêchée par Radio France, pour quadriller le terrain et évaluer les besoins d’urgence. Le constat est sans appel. Premier média dans un pays de l’oralité où l’illettrisme et les problèmes d’électricité laissent peu de  place à la presse écrite et à la télévision, la radio est sinistrée : les locaux fortement endommagés  voire totalement détruits ; les équipements hors service. Or, en Haïti, parce que l’ouverture d’une  fréquence est facile, il existe près de 250 stations ! Un patrimoine qu’il faut reconstruire pour  permettre aux journalistes d’émettre à nouveau, se faire entendre, informer la population des villes  et des provinces. Exister, tout simplement, pour surmonter la catastrophe.

 

 
VERS UNE COORDINATION DES MOYENS

 
Très vite, l’aide internationale afflue en masse. Des Etats-Unis, du Canada, d’Europe. Trop vite  peut-être. Le défaut d’organisation est un risque. Mais la volonté de faire ne manque pas. Même les petits gestes comptent. Surtout les petits gestes. Car, il suffit d’un poste de radio et de piles pour prendre des nouvelles de sa famille, de ses amis. Les techniciens de Radio France assistent alors  leurs confrères haïtiens pour bricoler quelques réparations de fortune. Mais il faut aller plus loin, plus vite. Historiquement, la liberté d’expression a beaucoup souffert en Haïti. Des journalistes sont  morts pour défendre ce droit. La radio ne doit donc pas rester muette. Des partenaires se  mobilisent alors : Reporters Sans Frontières pour faire respecter les conditions de travail, la  Fondation AFP et des écoles de journalisme pour la formation, Radio France pour l’aide technique  et la Fondation Varenne pour un appui financier de 5 000 euros qui permet d’acheter une trentaine  d’enregistreurs MP3.

 
LES HAÏTIENS PARLENT AUX HAÏTIENS

 
Lors du premier tour des élections présidentielles, Sophie Bécherel s’est rendue sur place pour  livrer ces appareils au fonctionnement simple et efficace. Ils permettent de réaliser des prises de son de très bonne qualité et de monter les sujets sur un ordinateur à partir des données stockées sur une carte mémoire. Ainsi équipé, le journaliste peut exercer son métier en toute autonomie et  rapidité. Plusieurs groupes de province, fortement touchés, ont bénéficié en priorité de ces  enregistreurs : le réseau des radios du Sud-est, celui de Petit-Goâve, l’Association des Journalistes  Haïtiens, Radio Ibo, Radio Solidarité et Radio Antilles International. Un choix délibéré d’aider les  correspondants éloignés de Port-au-Prince où se concentre déjà l’essentiel du pouvoir et de l’aide  humanitaire. Or, les résultats se sont fait ressentir dès le premier tour des élections, lorsque des fraudes ont été identifiées et dénoncées par les journalistes sur tout le territoire, et pas seulement dans la capitale. La dynamique radiophonique était relancée.

 
VOLONTE D'EMETTRE

 
Lors de son premier voyage à Petit-Goâve, une des communes les plus marquées par le tremblement de terre, Sophie Bécherel et son équipe ont été marqués par la modestie des moyens  mis en œuvre par les journalistes locaux, motivés par cette volonté d’émettre à tout prix. Pendant quatre mois, 17 radios, constituées en réseau, se sont installées sous la même tente pour réaliser et diffuser un programme commun de trois heures grâce à un groupe électrogène partagé. Une  détermination qui a forcé l’admiration des journalistes français, renvoyés à leur propre confort de travail hexagonal.

 
Alors que le pays peine encore à se reconstruire, un an après la tragédie, des difficultés subsistent : problèmes de déplacements, manque de ressources pour cause de bas salaires, soucis de  sécurité dans le libre exercice du métier de reporter, baisse du niveau de culture générale. D’après Sophie Bécherel, le soutien en formation technique constitue la nouvelle priorité. Afin de rendre les journalistes encore plus indépendants. Elle souhaite que des efforts soient faits dans ce sens, avec  le concours de la Fondation Varenne, en prévision du second tour des élections. Pour que Haïti ne  soit pas oublié, malgré la dure loi de l’actualité où l’information file à toute vitesse. Et que des voix ne s’éteignent plus.

 
Olivier VALENTIN

ANNUAIRE
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