
A l’occasion de la remise des Prix Varenne 2011 de Journaux scolaires et lycéens (palmarès) qui s’est tenue au Musée de la Poste à Paris, le mercredi 15 juin, pour récompenser au niveau national les lauréats des concours académiques, Daniel Junqua, vice-président de Reporters Sans Frontières France, a répondu aux questions des jeunes journalistes sur le thème "Demain, tous journalistes ?". Interpellé par un représentant d’une rédaction lycéenne qui a évoquait l’influence des réseaux sociaux sur le traitement de l’actualité, Daniel Junqua a reformulé la problématique par « qu’est-ce qu’une information ? » donnant ainsi l’occasion de s’interroger sur les caractéristiques propres du métier de journaliste.
D’après lui, la révolution dans les pays arabes a bénéficié positivement du rôle d’internet. Grâce à ce moyen de communication libre échappant aux contrôles des despotes, les jeunes blogueurs ont ainsi pu rendre compte des soulèvements populaires auprès des médias du monde entier. Privés de visas ou dans l’incapacité d’exercer leur métier, les journalistes occidentaux sont parvenus, à distance, à décrypter les mécanismes du printemps arabe sur la base de ces témoignages et des nombreuses images qui transitaient par les réseaux sociaux. Le rôle du journaliste est donc d’informer sur les faits mais surtout de faire comprendre les bouleversements du monde.
En revanche, l’effet pervers d’internet est d’être un « instrument d’intoxication » où la source d’une information est difficile à confirmer. Sur les réseaux sociaux ou la blogosphère, à défaut d’être « authentique », la parole est parfois « anarchique ». Elle implique rarement l’auteur, sous couvert d’anonymat ou d’irresponsabilité. Alors, Daniel Junqua repose la question : « demain, serons-nous tous journalistes ou tous citoyens ? ». Car nous avons le devoir de témoigner lorsque les droits de l’homme sont en jeu.
Dans cette perspective, un écolier demande quelles sont les qualités recherchées chez un bon journaliste. « Etre curieux de tout et faire preuve d’esprit critique sans tomber dans le dénigrement systématique » répond l’intéressé. Et surtout, chercher la vérité « qu’on peut approcher sans forcément atteindre… comme la sainteté ! » selon le bon mot d’Hubert Beuve-Méry, fondateur du quotidien Le Monde où Daniel Junqua a occupé plusieurs fonctions à la rédaction de 1967 à 1985.
Soucieux de défendre une profession qui, selon lui, ne disparaîtra jamais, malgré les pressions exercées dans certains pays, Daniel Junqua a livré un message fort aux jeunes journalistes : la carte de presse jeune qu’ils arborent fièrement n’est pas un sésame mais la marque d’une déontologie. Car le premier outil du journaliste, ce n’est ni sa plume, ni sa parole mais sa conscience.
Olivier Valentin
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