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"Un petit air de famille" au Scoop d'Angers 2010


Parmi les reportages d’images primés au 25e Festival du Scoop d’Angers dont la Fondation Varenne est partenaire, un sujet s’est distingué par sa légèreté, son humour et sa fraîcheur. Immersion dans l’une des dernières pensions de famille, au cœur de Paris, « Un petit air de famille », réalisé par Claire Tartakovsky et Claire-Marie Denis, a reçu le Prix Jeune Reporter catégorie TV. Diffusé en février dernier dans le cadre du magazine « 13h15 le samedi », sur France 2, le reportage suit le quotidien des pensionnaires d’une maison d’hôtes pas comme les autres. Une histoire toute en nostalgie, qui tranche avec les images de guerre dont les jurys sont souvent les témoins. Rencontre avec l’auteur.

 

Quartier du Pont de Garigliano. 9h. Dans une salle de montage, à France Télévisions, Cécile Tartakovsky est en plein bouclage. Avec Claire Aubinais, sa monteuse, elle achève la post-production de son prochain reportage : comment le mariage de Kate Middleton et du Prince William est-il perçu par les Anglais ? La semaine dernière, elle est partie en tournage sillonner les routes d’Angleterre, à bord d’un van customisé, pour rencontrer les sujets de sa gracieuse majesté en les abordant avec des mugs à l’effigie du couple princier. A l’approche de la diffusion, la pression monte. C’est toujours comme ça. Il faut savoir travailler avec des délais très courts.

 

13H15 LE SAMEDI

 

Depuis septembre 2009, Cécile est rattachée à la rédaction du magazine de France 2 « 13h15 le samedi ». Une belle opportunité de carrière après des études tardives de journalisme puis des passages à Télématin et au Magazine de la Santé, en tant que pigiste. Elle se souvient : « J’ai commencé par une maîtrise d’anglais et une année en Australie. Mais je ne voulais pas enseigner. Lorsque j’ai rendu mon mémoire, le professeur m’a dit qu’il était construit comme un article de magazine. J’ai alors songé au journalisme. J’ai fait deux ans d’études à l’Institut Français de Presse. Une école reconnue mais peu connue, où l’on apprend les techniques avec une certaine liberté, sans formatage ». A France 5, elle entend parler du « 13h15 », le nouveau concept de Laurent Delahousse et Jean-Michel Carpentier, le rédacteur en chef. Bruit de couloir : il cherche des talents. Cécile tente sa chance. C’est peut-être l’occasion de se détacher des sujets « fin de canard », ceux qui ne font pas la une, pour se consacrer à l’écriture et au reportage d’images, dynamique et décalé, sur l’air du temps. En marge de l’actualité « chaude », elle affectionne les sujets « en coulisses », plus mûris. Partir à la découverte des gens, de leur personnalité, de leurs petits secrets. Traiter l’anecdote, la corde sensible, avant l’information.

 

"ON VA POUVOIR FAIRE QUELQUE CHOSE ..."

 

Sa première inspiration : un reportage en immersion dans une pension de famille. L’idée lui est venue en fouillant sur internet. Elle la propose au rédacteur en chef qui préfère une mise à l’épreuve sur un autre sujet : l’Opéra Royal de Versailles, un « 22 minutes » diffusé en septembre 2009. L’expérience est forte. Des rires, des larmes. C’est la première fois qu’elle dirige une équipe, fait le choix des orientations. D’autres réalisations suivront, à un rythme toujours effréné. Jusqu’au jour où Jean-Michel Carpentier fait un repérage à la pension de famille, suggérée par Cécile. Il mesure tout l’enjeu du défi : un huis-clos difficile à cadrer, peu de perspectives d’action, une attractivité qui dépend entièrement des aspérités des pensionnaires. Sur le papier, le sujet paraît « bizarre ». On y croit peu. Mais le go est donné. Cécile Tartakovsky, Claire-Marie Denis (image) et Claire Combaluzier (son) posent leurs bagages dans l’une des chambres de la pension, pour cinq jours d’un « drôle de tournage ». Une production entre filles, par commodité. Or, c’est la candeur des journalistes qui emporte l’adhésion des participants, dont Marie, la maîtresse de maison. Une forte personnalité qui « n’aime pas la téloche ». Mais, la caméra trouve sa place. Des solitaires, des accidentés de la vie, qui ont trouvé une seconde famille dans cette pension, se confient, avec sincérité. L’histoire de Cécile et Claire-Marie prend vie. Les langues se délient même si certains entretiens sont difficiles à gérer. Néanmoins, ça tourne. Les heures de rushes s’accumulent. De retour, Cécile demande à sa monteuse : « Est-ce que tu crois que ça sera bien ? ». Devant les masses de plans, Claire Aubinais répond, un brin espiègle : « On va pouvoir faire quelque chose… ». Elle a le sens du montage cinématographique. Celui qui doit rendre compte de l’émotion, de l’esthétisme, au-delà du traitement journalistique. L’œuvre est achevée. Mais la diffusion retardée. Car des doutes subsistent. Et puis, c’est Marie Drucker qui lance le sujet, en février 2010.

 

UN PUR MOMENT DE BONHEUR

 

Quel fut l’accueil des téléspectateurs ? Cécile et toute son équipe ont eu la réponse au dernier Scoop d’Angers, cette grande fête des journalistes de l’audiovisuel, lorsque le public a ri de bon cœur dans une salle comble, à la projection d’un extrait. Sur la recommandation de l’angevine Claire Aubinais, « Un petit air de famille » est entré dans la compétition, crevant l’écran. L’accueil est unanime. Daniel Pouzadoux, le président de la Fondation Varenne, reconnait que « face aux horreurs de la guerre, le reportage de Claire Tartakovsky et Claire-Marie Denis est un pur moment de bonheur, rafraîchissant, en marge des sujets du temps ». Le prix est mérité, les lauréates comblées. Car le projet est fondateur. Il est celui par lequel une équipe s’est constituée. Et continue encore de collaborer. Pendant la soirée de clôture, un réalisateur leur suggère d’en faire un « 52 minutes ». Mais ça n’a plus beaucoup de sens pour les auteurs. Après réflexion, Cécile et Claire avouent, à l’unisson : « L’histoire est déflorée. Tout a été dit comme on voulait le dire. Que dire de plus ? » En reportage d’images, la magie de l’instant se vit au présent. Inutile de réchauffer du vécu. Alors, on avance. D’autres sujets, d’autres rencontres. Cécile et son équipe sont passées à d’autres histoires, en témoins de leur temps. Avec cette même liberté de ton, rare dans le paysage audiovisuel français d’aujourd’hui.

 

Olivier VALENTIN

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