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Fondateur du journal La Montagne, Alexandre Varenne était un
républicain des plus engagés. Nombreux sont ceux qui se souviennent de
sa forte implication dans le monde de la presse, de son combat
permanent pour la tolérance et les droits de l'homme et de son
aspiration à toujours plus de démocratie et de justice sociale.
Ses origines
Alexandre Varenne naît le 3 octobre 1870 à Clermont-Ferrand, d'une famille de petits commerçants du
Puy-de-Dôme. Boursier, Alexandre Varenne est un élève brillant. En
1888, il passe son baccalauréat au lycée Blaise-Pascal où il suit les
cours de philosophie d'Henri Bergson.
Il suit
des études de droit. Après avoir été clerc d'avoué durant trois années,
il prépare à Paris une licence, complétée par une thèse de doctorat («
Etude critique sur le droit de cession des offices ministériels »),
qu'il soutient en octobre 1897.
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Le journaliste
Dès 1895, Alexandre Varenne collabore à plusieurs journaux comme Le Petit Clermontois ou Le Stéphanois.
A Paris, en 1898, il écrit dans La Revue Blanche, La Volonté, L'Action puis La Lanterne de Briand, dont il fut le secrétaire de rédaction.
En 1904, il entre à L'Humanité aux côtés de Jean Jaurès et, le 2
octobre de la même année, il crée, à Clermont-Ferrand, L'Ami du Peuple
(dont la parution cesse le 2 août 1914).
En
septembre 1916, il écrit dans L'Action socialiste puis en 1918, dans La
France libre. Enfin, de février à octobre 1919, Alexandre Varenne
dirige le quotidien La Politique.
En 1919 sa carrière journalistique et politique prend un tournant décisif, avec la création du quotidien La Montagne, à Clermont-Ferrand.
Il choisit le titre « La Montagne » en référence aux idées révolutionnaires de 1793 des Montagnards, les amis de Robespierre et de Danton.
La Montagne se veut le «Quotidien de la démocratie socialiste du centre», avant de devenir en 1931, le «Quotidien régional des Gauches».
Proche de Jean Jaurès, Alexandre Varenne est avant tout un homme de gauche libre.
Dans son esprit, le mot d'ordre est simple, «travailler au bien public» ; son but
est de s'adresser au plus grand nombre, à tous les courants de pensée
et en informant le lecteur le plus rapidement et le plus honnêtement
possible.
L'homme politique
Alexandre Varenne s'inscrit en 1897 au parti
socialiste du Puy de Dôme après avoir fait la connaissance d'Alexandre
Millerand, député de Paris et futur président de la République.
Il s'affirme comme une personnalité hors pair. Sous son impulsion les
socialistes de Clermont se rangent en 1902 sous la bannière du PSF
(Parti socialiste de France) de Jean Jaurès avant que la fédération du
Puy-de-Dôme n'adhère à la SFIO en 1906.
Il brigue
un premier mandat législatif dans la deuxième circonscription de Riom
en 1902. Il est battu mais se représente, avec succès en 1906.
Il siège aux côtés des 51 membres de la toute nouvelle SFIO (Section
Française de l'Internationale Ouvrière créée en Avril 1905).
Premier
député socialiste du Puy-de-Dôme, il quitte la SFIO en 1928 et rejoint
les socialistes indépendants. Il est élu vice-président à la Chambre
des députés en juin 1924 et en janvier 1925
Au niveau local, il est élu fin 1919 conseiller général du canton Clermont-Sud-Ouest et maire de Saint-Eloy-les-Mines en 1930.
Pendant la guerre de 1939-1945, il perd ses mandats électifs par un arrêté des autorités de Vichy en octobre 1942. Il se
consacre alors entièrement à son journal. A la Libération, il est de
nouveau maire de Saint-Eloy-les-Mines (mai 1945) et il retrouve son
siège de conseiller général. Il fait partie des deux assemblées
constituantes de 1945, puis 1946.
Enfin, du 26 juin au 6 décembre 1946, il est nommé ministre d'Etat du gouvernement de Georges Bidault dont il est considéré comme le numéro deux.
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Le gouverneur
Alexandre Varenne est nommé, en 1925, gouverneur général de l'Indochine.
Lorsqu'il
débarque à Saigon, Alexandre Varenne se veut le défenseur d'une
politique coloniale humaniste. Ses intentions sont claires : «...En
Indochine, il faut instruire les peuples que l'on veut faire avancer et
il faut que les droits politiques suivent la marche de l'instruction
(...) On s'efforcera de placer les Français et les Indochinois sur un
plan d'égalité, avec le souci de dissiper les malentendus qui les
séparent».
Il instaure un
"enseignement franco-indigène": primaire, secondaire, supérieur dont
les effectifs n'ont cessé de progresser. Il développe l'emploi de
l'alphabet romain adapté à la langue annamite afin de favoriser
l'enseignement de la langue locale.
Il fait appel à l'Institut Pasteur pour lancer une campagne de vaccination contre le choléra concernant 8 millions de personnes.
Enfin,
il prend en considération les attentes de l'élite locale qui occupe
pour l'essentiel des postes dans la fonction publique, en recommandant
qu'on lui réserve une place plus importante, considérant que si des
droits ne lui sont pas octroyés, elle les réclamerait elle-même.
Ainsi,
Alexandre Varenne se place ainsi dans le courant du "réformisme
colonial" des années 1920, qui envisage d'associer les élites
indochinoises au gouvernement local, menant à
terme à l'abolition de la relation coloniale. Varenne se veut
respectueux de la personnalité des peuples indochinois qu'il souhaite
faire participer à la mise en valeur de leur pays. Surtout, il fait
preuve d'humanité et de clairvoyance.
Alexandre Varenne fait donc figure de précurseur ; il est un des rares socialistes à se pencher sur le problème, tout en respectant
le cadre des missions qui lui ont été confiées, à savoir tenter de
rattraper les retards de cette colonie par rapport au reste de l'Empire
français.
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La Seconde Guerre Mondiale
Alexandre Varenne a mené un combat acharné pour défendre la liberté de la presse, s'opposer à l'occupant et la censure, exprimer son indignation face aux agissements de Vichy, défendre les juifs et les francs-maçons.
Dès
1940 le régime de Vichy inquiète Alexandre Varenne, qui prend
conscience de sa dérive autoritaire. Dès lors, le directeur de La
Montagne tente de convaincre le chef de l'Etat français des dangers de
la politique qu'il mène et du désastre qui peut en découler.
En 1941,
le combat d'Alexandre Varenne change de physionomie ; il décide, peu
après l'occupation de la zone sud (fin 1942), de suspendre la parution
de son journal en le sabordant le 27 août 1943 (non sans avoir pris la
précaution préalable de trouver un autre emploi à la plupart de ses
ouvriers et avoir caché plusieurs tonnes de papier).
Il entretien
des contacts secrets avec les communistes et les mouvements de
résistance, notamment avec les réseaux Antoine et Phalanx spécialisés
dans les renseignements administratifs et politiques. La Montagne devient une véritable plaque tournante de la Résistance.
Ce
comportement courageux et exemplaire permet au journal de reparaître un
an après son sabordage, le 15 septembre 1944. Il est le seul quotidien
régional autorisé à enfreindre l'ordonnance interdisant aux journaux de
l'ex-zone libre, parus plus de quinze jours après l'arrivée des
Allemands dans cette zone, de reparaître à la Libération. En avril 1946
enfin, La Montagne reçoit à l'Assemblée nationale, l'hommage du
secrétaire d'Etat chargé de l'Information, Gaston Deferre .
Alexandre Varenne meurt, le 16 février 1947.
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